Ingénieur de formation, Bruno Markov a d’abord travaillé 12 ans dans le conseil aux entreprises à Paris, avec une expertise en intelligence artificielle et stratégie d’innovation. Il a d’abord été data scientist lui-même (le « job le plus sexy du siècle » à l’époque, selon la Harvard Business Review) avant de monter et de piloter des équipes de data scientists : c’était en 2012-2013, aux prémices de la première vague de l’IA.
À partir de là, son métier consista principalement à vendre aux décideurs le futur selon la Silicon Valley :
- les préparer aux ruptures technologiques à venir, leur permettre de prendre un temps d’avance sur le futur,
- monter des innovation labs et des startup studios pour repenser leur modèle économique avant de se faire « ubériser »,
- construire des ponts entre les grosses boîtes et l’écosystème startup,
- appliquer toutes sortes de recettes et de méthodologies pour « créer le futur » (la plupart conçues dans la baie de San Francisco)

En parallèle, pourtant, ses lectures lui décrivaient un avenir radicalement différent de l’imaginaire qu’il colportait à longueur de journée : les rapports du GIEC, les livres de Bruno Latour, d’Edgar Morin ou de Michel Serres… Contrairement au futur vers lequel Bruno projetait ses clients, cet avenir-là semblait se projeter vers eux, qu’ils le veuillent ou non.

Ressentant peu à peu l’absurdité de n’explorer le futur que sous un angle technologique, il décida de prendre du recul. Il entreprit un second master, en prospective, tout en écrivant son premier roman : Le Dernier Étage du Monde, qui propose une satire de ce diktat de l’innovation, des cabinets de conseil à la Silicon Valley (en prédisant quelques-unes de ses dérives actuelles).
Une fois son master et son roman terminés, Bruno Markov est retourné voir ses amis décideurs, pour les aider à anticiper les ruptures à venir mais, cette fois, sous un prisme systémique et sans parti pris technosolutionniste – ce qui changeait absolument tout. Convaincu de l’urgence d’une redirection de nos modèles économiques pour les réinscrire dans les limites planétaires, il a diversifié ses approches :
- en concevant des jeux sérieux et des ateliers de design fiction pour sensibiliser les décideurs,
- en conseillant des entrepreneurs et des startups à impact sur leur stratégie d’innovation,
- en organisant des séminaires d’immersion en 2050 à destination des dirigeants d’entreprise,
- en s’efforçant de mobiliser, par ses discours, le pouvoir des récits pour engager son auditoire,
- en s’engageant chez les Shifters, à la CEC…
Le résultat ? Nous le connaissons tous : ça n’a pas marché.
Bien que la catastrophe écologique soit copieusement documentée depuis des décennies et fasse l’objet d’un consensus scientifique toujours plus vaste, ce progrès de nos connaissances ne se traduit pas par un changement proportionné de nos décisions. Et ce, en dépit des millions de bonnes volontés qui essaient, par tous les moyens concevables, d’infléchir la trajectoire de notre système techno-économique.
À titre personnel, Bruno et son épouse ont décidé d’adopter un mode de vie plus en phase avec leurs convictions. Ils ont donc quitté Paris (20 000 habitants/km2) pour le parc naturel des Causses du Quercy (12 habitants/km2) : ses paysages karstiques, sa biodiversité foisonnante et ses chênes verts à perte de vue… Un choix de vie longtemps mûri, dont ils sont aujourd’hui très heureux.

Loin de se résigner, cette prise de recul a convaincu Bruno de répondre à LA question qui le taraude depuis tant d’années, à côtoyer celles et ceux qu’on nomme « décideurs » : comment se fait-il que tant de personnes intelligentes, ayant conscience de la catastrophe écologique en cours et de l’inconséquence de la trajectoire du progrès technique, continuent pourtant d’appuyer sur l’accélérateur ?
Cette question est la thématique centrale de son second livre, De quel progrès avons-nous besoin ?, et de ses conférences. Ironiquement, une part considérable de la réponse tient au fait que les décideurs sont prisonniers du futur vendu par la Silicon Valley… Précisément celui que Bruno colportait au début de sa carrière :
- Ainsi, à 9h, quelqu’un comme lui vient leur parler de ruptures systémiques, de réchauffement climatique et d’effondrement de la biodiversité, de fin d’abondance énergétique et matérielle et d’énormes fluctuations à venir auxquelles nos systèmes technique et économique sont dangereusement inadaptés.
- Puis au rendez-vous suivant, à 10h, quelqu’un comme celui qu’il était avant vient leur parler de ruptures technologiques, d’intelligence artificielle et d’homme augmenté, leur promet une révolution qui va tout bouleverser, tout résoudre, même le réchauffement climatique. À condition d’accélérer maintenant, sans réfléchir.
D’un côté, le futur dicté par les techno-évangélistes. De l’autre, l’avenir décrit par le consensus scientifique. Le problème est que les premiers ont réussi à faire passer leur prophétie comme aussi, voire plus inéluctable encore que les seconds.
Dès lors, Bruno Markov s’est fixé pour mission de permettre aux décideurs à toutes les échelles (États, entreprises, territoires, citoyens et usagers) de faire le tri entre ces deux récits d’avenir qu’il connaît bien, et d’aiguiser leur discernement technologique (la question la plus décisive de ce siècle). Pour ce faire, il vulgarise et met en récit l’impasse actuelle du progrès technique, qui échappe à toute maîtrise en raison de verrous systémiques, qu’il enseigne à savoir reconnaître pour s’en affranchir.
Cette mission se décline à travers ses livres et projets artistiques, ses conférences et conseils aux décideurs, ainsi qu’à travers son projet entrepreneurial System B : un écosystème d’innovation ayant pour mission de déverrouiller le futur, en permettant aux entreprises et territoires de s’émanciper de l’accélération technologique pour reprendre la maîtrise de leur avenir.



